« Il était devenu impossible de parler d’Oboussier en public sans évoquer les circonstances de sa mort ; et, puisque ces circonstances étaient considérées comme indicibles, rapidement, la mort du compositeur fut inévitablement réduite au silence éternel. »
Chris Walton, « La double vie d’un compositeur », Tagesanzeiger, 8 juin 2007
À l’occasion du 125e anniversaire de la naissance du compositeur suisse Robert
Oboussier, assassiné en 1957, le premier enregistrement de son œuvre sortira
cet été sur CD. En septembre, une publication bilingue rassemblera des contributions
d’expert·e·s, apportant un éclairage pluriel sur sa musique, sa vie et le
destin tragique de sa mémoire.
Cinq événements commémoratifs viendront ensuite
ponctuer l’année. Lors de ces événements du jubilé, l’œuvre d’Oboussier
sera interprétée et accompagnée de discussions avec des invité·e·s qui reviendront
sur son histoire ainsi que sur l’importance actuelle de cette figure longtemps
célébrée. Le compositeur fut une figure clé de la musique nouvelle. Il s’engagea non seulement en tant que compositeur reconnu à l’échelle européenne, mais aussi comme vice-directeur de la SUISA et directeur des archives de l’art musical suisse.
Il s’agit du premier projet à rendre publique, dans une perspective contemporaine,
l’histoire singulière de Robert Oboussier, en dialogue avec ses œuvres les plus
marquantes, composées avant, pendant et après la Seconde Guerre mondiale.
En cette année de jubilé, le tabou autour du scandale politico-médiatique qui a
relégué Robert Oboussier et son œuvre dans l’oubli doit être levé. Son histoire
longtemps passée sous silence doit enfin être racontée, débattue et rendue visible
grâce à cette publication, tandis que sa musique sera de nouveau accessible.
Ces compositions sont de précieux témoins de leur époque — elles ne
doivent pas sombrer dans l’oubli, encore moins être tues.
Contexte
L’assassinat du compositeur suisse Robert Oboussier, le 9 juin 1957, entraîna
une mise à l’écart systémique de son œuvre et de sa personne de la mémoire
collective. Son héritage est resté réduit au silence pendant des décennies. Sa
mort violente révéla non seulement son homosexualité jusque-là tenue secrète,
mais attira pour la première fois l’attention des médias sur le milieu homosexuel
masculin zurichois – une réalité qui provoqua un choc dans la société bourgeoise
et conservatrice de l’après-guerre. La couverture médiatique, avide de
sensationnalisme, suscita l’indignation et le dégoût de son public, avec une
double conséquence : d’une part, la scène homosexuelle fut publiquement
stigmatisée, puis soumise pendant plus de dix ans à une répression policière
constante ; d’autre part, Oboussier fut plongé dans l’oubli en tant qu’homme et
artiste – sa musique fut bannie, son existence effacée de la mémoire culturelle.
À l’occasion de cinq célébrations du jubilé, une sélection de compositions d'œuvre complète de Robert Oboussier sera interprétée. De plus, une table ronde abordera également son histoire et sa musique, notamment durant les périodes avant, pendant et après la Seconde Guerre mondiale.
Invités à la discussion :
Tomas Bächli (pianiste, journaliste), Dimitri Grünig (auteur, illustrateur), Ursula Pia Jauch (philosophe, essayiste), Lis Marti (pianiste, pédagogue), Ernst Ostertag (témoin historique, activiste), Karl Scheuber (chef d’orchestre, témoin historique), Urs Schnell (directeur Fondation Suisa)
Animateurs : Johannes Nilo (3 et 5 octobre), Noel Schmidlin (17 et 19 octobre), Ramon Bischoff (21 novembre et 3 décembre)
Ticketing (Prévente & caisse du soir)
CHF 15 (tarif réduit) / CHF 30 (tarif normal) / CHF 50 (prix de soutien)
Vendredi 3 octobre 2025, 20h00
Conservatoire de Zurich, Grande salle de concert, Zurich
Célébration avec concert, table ronde et apéritif Programme (PDF)
Sept contributions explorent la biographie, la musique et les décennies de silence
imposé autour de Robert Oboussier. Chaque auteur·rice propose son propre regard sur Oboussier, offrant ainsi une découverte de son histoire sous des
angles variés. Parmi eux, Ernst Ostertag, qui assista au dernier concert d’Oboussier,
témoigne de l’impact profond que cet assassinat a eu sur sa vie d’homme
homosexuel à Zurich. Eva Moser, quant à elle, a rédigé en 2007 la première étude
scientifique sur Oboussier et revient dans son texte sur les circonstances
entourant la fin du compositeur. Puisque la musique d’Oboussier était particulièrement
appréciée en France et que son parcours de vie s’est déroulé entre la
Belgique et la France, la publication paraît en version bilingue allemand-français.
ce livre inclut également le premier catalogue complet des œuvres musicales
de Robert Oboussier.
Contributions et auteur·rice·s :
Tomas Bächli, Pianiste et médiateur musical Œuvres pour piano d’Oboussier
À travers deux oeuvres pour piano, Tomas Bächli
met en lumière les influences politiques et les positions
reflétées dans la musique d’Oboussier. Ses
contemporains décrivaient Oboussier comme une
personne ouverte à toute nouveauté. Ses compositions
témoignent ainsi d’un traitement très personnel
entre tradition et courants progressistes de son
époque.
Illustrations pour le livre qui montrent et décrivent
l’état très lacunaire de l’héritage d’Oboussier ainsi
que l’image incomplète que l’on en a. Grünig propose
également, dans l’esprit du « Questionnaire »
de Max Frisch, une série de questions destinées à
encourager les lecteur·trice·s à aller plus loin dans
leur réflexion.
Ursula Pia Jauch, philosophe et journaliste Robert Oboussier, ami impeccable et « Chiffre der
Diskretion »
Contexte sur l’engagement humaniste et politique
d’Oboussier, ainsi que son importance dans l’histoire
intellectuelle. Pendant des années, Oboussier
a entretenu un dialogue sur des questions philosophiques
et esthétiques avec Karl Jaspers, Karl Löwith
et d’autres membres des milieux intellectuels
de Heidelberg et Berlin. Un projet de correspondance
entre Jaspers et Oboussier était prévu, mais
il semble avoir été abandonné à cause du silence
imposé après 1957.
Eva Moser, spécialiste en sciences de la culture Je ne suis pas là pour haïr, mais pour aimer
Dans son chapitre, Eva Moser analyse le meurtre et
le procès très controversé qui a suivi, au cours duquel
les jugements de la justice et de l’opinion publique
ont souvent changé.
Ernst Ostertag, ancien enseignant, rédacteur et
militant Le témoignage d’un contemporain
En tant qu’homme homosexuel et collaborateur
éditorial du « Kreis », Ernst Ostertag fut directement
touché par le meurtre d’Oboussier et ses répercussions
sur la communauté gay suisse. Il assista aussi
au dernier concert d’Oboussier à Zurich, quatre
jours avant son assassinat. Après 68 ans, il se réjouit
vivement que la musique d’Oboussier soit enfin
rejouée.
Une étude et une réflexion sur la couverture médiatique
de la musique d’Oboussier dans les mois qui
ont suivi sa mort.
Bruno Rauch, musicologue et Journaliste culturel Zurich dans les années 50 – À mille lieues de
Seldwyla
Un portrait de la petite bourgeoisie de Zurich des années
50, qui malgré tout exerçait une grande influence
internationale. Le texte de Rauch donne aux
lecteur·trice·s une impression de l’environnement
dans lequel le meurtre d’Oboussier a eu lieu.
Ramon Bischoff, Producteur musical
Préface, biographie et catalogue des œuvres de Robert Oboussier
« La musique de Robert Oboussier exprime ses convictions politiques, sociales et humanistes. Il me tient à cœur que ses œuvres continuent à transmettre ces valeurs pour lesquelles il s’est engagé artistiquement. [...] À l’occasion du 125ᵉ anniversaire de Robert Oboussier, je souhaite que sa musique soit de nouveau davantage jouée et interprétée, et qu’elle puisse ainsi déployer une nouvelle force symbolique en faveur de l’égalité sociale. »
Contact de la direction de projet
Pour toute demande concernant le projet, informations médias, accréditations, billets gratuits et matériel promotionnel :
Connexion à l’espace médias (Matériel promotionnel, images, liste des documents d’archives, catalogue des œuvres, etc.)
Soutien
La recherche, la production du CD, la publication du livre ainsi que les célébrations du jubilé ont pu être réalisées grâce au soutien des organismes de financement, fondations, particuliers et partenaires suivants :
Burgergemeinde Bern, Bürgi Willert Stiftung, Elisabeth Weber Stiftung, Ernst Göhner Stiftung, Ernst Ostertag in memorium Röbi Rapp, Fachstelle Gemeinde Köniz, Fachstelle Kultur Kanton Zürich, Fonds RESPECT (LOS, TGNS, Pink Cross), Fondation Johanna Dürmüller-Bol, Fondation Suisa, Gesellschaft zu Ober-Gerwern, Gesellschaft zu Schuhmachern, Gesellschaft zu Zimmerleuten, Gemeinnützige Gesellschaft des Kantons Zürichs, GVB Kulturstiftung, hab queer Bern, Heinrich Hössli Stiftung, Kultur Kanton Bern, Kultur Stadt Bern, Nomar Audio, Paul Sacher Stiftung, Schwulenarchiv Schweiz, Sebastiana Stiftung, Schweizer Interpretenstiftung, Stadt Zürich Kultur, Stiftung Anne-Marie Schindler, Stiftung Pro Scientia et Arte, Stiftung resonanzmomente, Stiftung Sostenuto, Walidad Stiftung.